Il y a plusieurs années, lors d'un atelier que je donnais, j'ai raconté une anecdote ayant pour origine un fait, hélas, réel :
Il est tard. La soumise d'un Dominant lui supplie d'avoir une scène S&M. Celle-ci a été très obéissante et le Dominant se sent oblige de la récompenser avec cette scène qu'elle réclame. Mais, voici le problème; il est fatigué et la création d'une scène BDSM est difficile et prend un certain temps. Le Dominant a une idée! Il ordonne à sa soumise de se mettre nue. Il la ligote, debout, dos à un mur et après un long baisé ... pour lui donner sa " dose de douleur ", avec amour et ... avec sa botte, il écrase le petit orteil de la soumise, endommageant (blessant) l'orteil et ensuite, il lui ordonne de s'habiller, la scène étant terminé ...
La soumise a quitté son Dominant peu de temps après. jurant de ne jamais le revoir.
Cette anecdote explique beaucoup de chose à propos de la perception de la douleur que certains ont en BDSM.
En BDSM, la douleur et son contexte sont très mal compris et certains (beaucoup même!) frôlent dangereusement la limite sécuritaire sans le savoir par leurs manques de connaissance entre les sortes de douleur.
Je suis Dominant et je n'ai pas de besoins de me soumettre. Pourtant je me crois un spécialiste en douleur pour la simple raison que la douleur fait partie de ma vie à cause d'une situation médicale que j'ai. Cette expérience quotidienne de la douleur me permet de vous affirmer certaines grandes vérités face à la douleur:
Il existe plusieurs sortes de douleurs et elles ne sont PAS interchangeables.
Il faut savoir quelle sorte de douleur que l'on donne et pour des raisons purement de logique, on doit savoir contrôler cette douleur et l'intensité de cette douleur. La sécurité l'exige!
Dans la petite anecdote du début, il est clair que le Dominant n'a pas cette connaissance de la douleur. La soumise, l'ayant rapidement compris, a préféré trouver un autre partenaire qui, lui, aura cette connaissance (expérience) de la douleur.
Coté type de douleur; la plus populaire, frapper les fesses avec les mains ou un jouet est la plus évidente, mais, il existe aussi les douleurs causés par le ligotage, douleurs des parties érotisantes du corps ou encore douleur sexuelle. On peut aussi mentionner les douleurs non physiques comme la honte, la gêne.
Il existe d'autres sortes de douleurs non désirées; douleur de se faire bruler, douleur de cogner son orteil sur le cadre de porte, douleur d'une fracture d'un membre, douleur de " passer " une pierre au rein, douleur d'accoucher pour les femmes ... Cette liste est très longue.
Pour le BDSM, on peut dire qu'il existe les " bonnes douleurs " et les " mauvaises douleurs ".
L'environnement ou la douleur est donné est aussi important que la douleur elle-même.
Dans une soirée fétichiste donné dans un club échangiste; Une soumise est attachée sur la croix. Son Dominant, doué, lui donne une bonne dose de douleur avec un flogger sur les fesses de cette soumise qui, de toute évidence, apprécie. Soudain, un observateur qui, ne connait pas les bonnes manières BDSM, s'approche et donne une claque magistrale sur la fesse de la soumise. Celle-ci qui, un moment auparavant, jouissait de cette belle scène S&M, sort brusquement de son " subspace " et se met à paniqué. Son Dominant, qui lui aussi sort brusquement de sa " zone ", les poings serrés, voulant de toute évidence " expliqué clairement " à cet individu les bonnes manières, doit changer ses priorités et doit s'occupé de sa soumise qui panique et qui est en crise. Bref, une belle session S&M se termine brusquement en un fiasco fracassant.
Le Dominant (la Dominante) qui donne la douleur doit, naturellement, contrôler toutes les facettes de la douleur, mais, aussi, l'environnement ou la douleur se donne. Dans le cas expliqué, un malappris est devenu un élément incontrôlé de la scène. Dans l'environnement, oui, les témoins sont une réalité à contrôlé, mais on peut aussi impliquer l'éclairage, le volume sonore, les discussions bruyantes, le contrôle des jouets utilisés...
On s'habitue à la douleur.
Si on fait le même type de jeu avec le même partenaire plusieurs fois, on va s'apercevoir que pour avoir un résultat similaire sur le partenaire, on doit, avec le nombre de jeux, être de plus en plus " intense ". Il est évident que le partenaire s'habitue à cette douleur.
Un truc ici; pour garder le partenaire " sur la sellette ", il faut alterner le type de jeu (type de douleur) pour justement éviter que la répétition crée une résistance chez le partenaire (résistance physique à la douleur par accoutumance), à moins que ce ne soit l'effet rechercher (training).
Pourquoi la douleur?
Les adeptes BDSM donnent et reçoivent la douleur pour toutes sortes de raisons diverses. Pour cet article, nous regardons du côté de ceux qui aiment recevoir la douleur.
On appelle " masochiste " une personne qui aura une jouissance sexuelle suite à la réception de douleur. Il est aisé de décrire un adepte BDSM qui reçoit de la douleur comme " masochiste ", pourtant, au début de ce texte, j'utilise un exemple qui prouve le contraire.
De temps en temps, lors de soirées ou événements BDSM, nous rencontrons des gens qui veulent absolument nous convaincre qu'ils sont des " vrais masochistes ", mais, dans ma vie d'adepte BDSM, je crois avoir rencontrer de " vrai masochiste " que quelques fois. Ces personnes qui m'ont convaincu être de " vrai masochiste " partagent presque tous un trait commun; ils n'aiment pas le BDSM ...!!!!!!!! Pour eux, tous les protocoles, échange de pouvoir, jeux sexuels sont une perte de temps. Seule l'obtention de la douleur, n'importe quelle douleur compte et pas nécessairement donner par quelqu'un d'autre.
Les adeptes BDSM qui aiment recevoir la douleur, veulent une douleur précise dans un contexte précis. Plutôt dans cet article, je décris une situation incontrôlée dans un contexte précis. Mais, en réalité, le contexte est bien plus important que l'on peut le penser. Une soumise peut recevoir une belle fessé dans la chambre à coucher, sur les genoux de son Maître assis sur le lit et elle aura une belle expérience, mais, si on fait la fessée dans un donjon, attachée sur une croix, en tenu sexy ... l'expérience prends une toute autre dimension et cette fessée qui était une belle expérience devient une expérience extraordinaire.
Tous les sens sont importants lors de la réception de la douleur. Le contexte ou la douleur est donné est justement utilisé pour " occuper " les autres sens. Pendant que le corps reçoit la douleur, les autres sens vont améliorer (voir augmenter) l'expérience. La vue (ou l'absence de vision) du donjon, le son des jouets ou encore des autres joueurs dans un donjon publique, la sensation sur la peau du vêtement sexy ou des liens, la sensation d'être exposé aux yeux d'étranger, le goût du bâillon dans la bouche, bref, le contexte de la douleur compte pour beaucoup. Un " vrai masochiste ", s'en fout complètement.
Donc, pour cet article, décrivons celui ou celle qui reçoit la douleur comme un " masochiste BDSM " (un masochiste dans le cadre d'une scène BDSM). Ce type de masochiste veut de la douleur, mais une douleur précise dans un cadre (contexte) précis, une douleur généralement donné par quelqu'un d'autre (la facette échange de pouvoir d'une relation BDSM).
Les différents types de masochistes BDSM :
Il existe plusieurs types de masochistes BDSM qui aiment la douleur et on pourrait écrire un épais volume pour décrire chacun des styles, mais, on peut résumer à quelques " sortes de masochiste BDSM " existant dans les communautés BDSM. Comme dans n'importe quoi, ce type de description n'est PAS un classement car l'adepte masochiste BDSM va se reconnaître dans plusieurs styles simultanément. Cet article se veut juste un outil pour comprendre et aider à faire une approche face à ces types de masochiste BDSM.
- Le masochiste BDSM de contexte :
Pour eux, la douleur est secondaire. Souvent, ces adeptes n'ont pas beaucoup d'endurance face à la douleur. Pour eux, l'excitation vient de l'environnement, la mise en scène, les accessoires. Un donjon bien équipé est pour eux est le summum de l'excitation érotique. Pour bien satisfaire ce genre de masochiste BDSM on résume en un mot; la diversité. Ce type de joueur va se lassé rapidement du jeu. Ils veulent plus de jouets, plus de nouvelles sensations. Le truc est de ne pas révéler immédiatement tous les as qu'un Dominant pourrait avoir dans sa manche. Souvent, ce type de joueur, s'il devient ennuyé du jeu, il changera de partenaire pour avoir un nouveau contexte, ce qui fait de lui un partenaire qui n'est pas fidèle au Dominant.
- Le masochiste BDSM d'endorphine:
Le mot clé ici; Endorphine! Ce type de masochiste BDSM aime et recherche l'effet euphorique des endorphines. Ils vont accepter une relation Maître/dominée à la condition d'y trouver leur compte côté endorphine en un partenaire qui pourra leurs procurer leurs " doses " d'endorphine lors du jeu S&M. Ce type de masochiste BDSM peut être très résistant à la douleur (pas tous par contre!), une condition provenant souvent d'une endurance à la douleur acquise lors de multiple sessions S&M. Pour les satisfaire, c'est facile; la capacité de donner une grande quantité de douleur assure une fidélité à leur partenaire BDSM.
- Le masochiste BDSM exhibitionniste:
Les apparences sont très importantes! Être vu, être la plus belle (le plus beau), avoir les meilleurs jouets, les plus beaux équipements et vêtements BDSM. Être le clou du spectacle est ce qui compte pour eux. Ce type de masochiste BDSM n'a aucun intérêt de faire des jeux en privé, leurs besoin étant d'être vu en jeux publique.
- Le masochiste BDSM sexuel:
La scène BDSM est le contexte pour recevoir une douleur sexuelle. Pour les femmes; fisting, insertions de tout genre, simulation de viol, pour les hommes; fisting, sodomie, simulation de viol. Curieusement, le contrôle de la jouissance sexuelle fait partie de cette catégorie par ses effets physique sur un ou une soumise à qui on interdit toutes jouissances sexuelles. Hélas, souvent ce type de joueur BDSM utilise la relation BDSM pour trouver des partenaires, mais, ce type de joueurs n'est pas très fidèle à leurs partenaire Dominant, la sensation étant ce qui est le plus important et pas nécessairement provenant de leur partenaire habituel.
- Le masochiste BDSM de discipline :
Cette catégorie est difficile à bien décrire, la raison étant que les gens de cette catégorie, le sont pour deux très différente raison opposées.
- Ce genre de personne soumis évitent de recevoir de la douleur, à moins que ce soit pour des raison de discipline et seulement que de leur Dominant(e). Ces personnes essaient toujours d'être de bon soumis(es) et sont très fidèles à leurs Dominant(e)s.
- Il y a des personnes soumises qui croient sincèrement qu'elles sont de " mauvaises personnes " et méritent d'être punies pour ce qu'elles sont dans la vraie vie. Ces personnes qui se décrivent comme soumis(es) sont comme des bombes qui peuvent exploser à tout moment. La raison; ces personnes sont en générale instable mentalement. Personnellement, j'essaie d'éviter ces gens comme la peste.
Avertissement!
Ces descriptions ne sont PAS un classement et il n'existe pas de " hiérarchie " de type de masochistes BDSM qui sont meilleurs que les autres. Disons que quelqu'un aime la couleur bleu et qu'une autre personne aime la couleur jaune, la personne aimant le bleu n'est pas mieux ou pire que la personne aimant le jaune. Le type de masochiste BDSM est la même chose; c'est une question de goût et de besoin personnel.
Même si cet article se veut un approche pour bien comprendre le besoin de la douleur chez les adeptes BDSM, il est important d'insister que aucun articles n'aura de meilleur résultat qu'une bonne négociation entre partenaires. Beaucoup d'adeptes BDSM ont de la difficulté à exprimer leurs besoins face à la douleur, nous espérons que cet article sera un bon début de discussion dans le cadre de la négociation.
J'espère que vous aurez tous de bien belle scène S&M avec les " bonnes " douleurs pour les " bonnes " personnes!
Maître Pierre